Comment encourager l’entrepreneuriat en Afrique ?

Avec une population d’1.5 milliards d’habitants, l’Afrique dispose d’un grand potentiel qui se justifie plus par la jeunesse de sa population. En dehors du potentiel humain, l’Afrique est également le grenier du monde en termes de ressources agricoles, de ressources minières, de terres arables, de cours d’eau, etc. Toutefois, l’Afrique subsaharienne à elle seule polarise plus de 400 millions de personnes en situation d’extrême pauvreté. Cette valeur absolue représente plus que le reste du monde réuni. Cela s’explique en partie par les conflits, la mal gouvernance et l’impérialisme. Pourtant, cela n’affecte en rien le potentiel de l’Afrique en entrepreneuriat d’où l’intérêt de l’encourager.

Les potentiel africain

D’après un rapport de Shaping the Future of Africa, 100  millions de personnes devraient rejoindre les groupes à revenus moyens et ceux à revenus élevés d’ici à 2030. Cela pourrait s’expliquer par la transformation de l’Afrique en une société de consommation, bénéfique pour beaucoup d’entreprises. Ainsi, même les dépenses des entreprises pourraient atteindre 5,600 milliards de dollars en 2025. Entre temps, on a connu la COVID-19 qui est la plus grave crise sanitaire depuis l’épidémie de peste de 1914. Puis, survient la guerre entre la Russie et l’Ukraine qui peut plonger le monde, l’Afrique en particulier, dans une impasse alimentaire pour ne pas parler de crise alimentaire. Toutefois, on peut rester optimiste du fait de la résilience qu’a connue le continent face au coronavirus, malgré les projections alarmantes des institutions internationales.

En effet, le contexte actuel devrait nous amener à prendre conscience de la nécessité d’une souveraineté totale. Si l’entrepreneuriat est un moyen d’indépendance total de l’individu, il est pour les gouvernements un moyen efficace pour être souverain dans tous les domaines. Il booste l’économie solidaire, le secteur privé local et les réflexes de création d’entreprise. Même sur le plan de la recherche, la culture de l’entreprenariat booste l’innovation, ce qui est intéressant dans une population avec 70% de jeunes.

L’Afrique subsaharienne doit créer un grand nombre d’emplois

Le secteur public ne peut pas absorber plus de 10% du marché de l’emploi. Autant dire que sans un secteur privé fort, le chômage ne quittera pas l’Afrique de sitôt. Cela veut dire alors que ce secteur privé doit relever le défi de développement et d’extension pour absorber l’écrasante majorité de ces jeunes chercheurs d’emploi. Cependant, il faudra une politique publique qui va dans ce sens et qui sera inclusive.

De la refonte des types de formations scolaires à la préférence locale dans les marchés publics, les États doivent mener une véritable politique de promotion de l’entreprenariat. Il en est de même pour la création de champions économiques africains qui pourront tirer vers le haut les petites et moyennes entreprises – petites et moyennes industries. Enfin, il faudra veiller à avoir des banques africaines et des assurances africaines pour sécuriser les financements africains, en attendant d’avoir une monnaie proprement africaine.

La promotion des PME et PMI

Si vous croyez au potentiel des petites et moyennes entreprises (PME) en tant que moteur de la croissance économique, vous savez qu’elles doivent s’appuyer sur un capital patient à long terme et sur le bon capital humain. Malheureusement, ces structures ont un accès difficile aux financements. Si elles y ont accès, les taux de prêt sont exorbitants car ce sont généralement des services de microcrédit.

De tout temps, les petites et moyennes entreprises ont été en bas de la liste des prêts commerciaux des établissements de crédit. Les règles prudentielles édictées par les normes de Bale ne leur laissent pas beaucoup de marge de manœuvre et cela peut expliquer le taux du secteur informel. De ce fait, la solution pourrait être de miser sur les fonds étatiques qui ciblent les petites opportunités ou qui seront en partenariat avec les champions industriels qui tireront les plus faibles vers le haut.

Une plateforme pour promouvoir les entrepreneurs africains

Trouver un organisme privé ou étatique en tant qu’entreprise en phase de démarrage est difficile en Afrique. C’est une lacune qui est constatée dans beaucoup de pays et dont les mesures qui sont prises ne sont pas souvent adéquates. En effet, c’est fort de ce constat que certains pays ont créé des directions de l’emploi ou des directions d’appui à l’entreprenariat. Il y a également des ONG et autres organisations du patronat local qui œuvrent à ce niveau.

Toutefois, les lourdeurs administratives de beaucoup de pays africains, surtout francophones constituent un frein à l’accès. Cela peut s’expliquer par un taux de scolarisation faible, une défaillance communicationnelle au niveau de l’Etat, et parfois un manque de transparence. Enfin, l’exigence de formalisation constitue le principal frein lorsqu’on sait que dans certains pays la part de l’informel peut atteindre jusqu’à 80% de l’économie.

Certains modes de financement

Etant donné que l’accès au financement requiert un formalisme lourd, plusieurs entrepreneurs et micro entrepreneurs font recours aux financements informels. Il s’agit parfois de prêts sur gage, de tontines, d’organisations de femmes entrepreneurs, entre autres. Parfois, ce sont des amis, des parents ou même des autorités qui offrent des financements à titre individuel.

Les tontines fonctionnent comme un groupe d’épargne, un système d’assurance et un moyen d’interaction sociale. Le système fonctionne sous l’égide d’un leader digne de confiance qui gère une contribution fixe qui est allouée à un participant selon la régularité fixée. Il peut s’agit d’une tontine mensuelle, hebdomadaire ou bimensuelle. Le financement peut servir à financer un début d’affaires ou plutôt à financer l’élargissement de son business. Il peut s’agir également d’une tontine pour laquelle on attend la fin pour donner à chacun ce qu’il a épargné. Ainsi, il peut ne pas y avoir de frais de gestion de compte ni de formalités particulières. Toutefois, il peut y avoir une somme fixée de commun accord qui reviendra au leader. Parfois, celui qui garde l’argent peut faire un détournement ce qui occasionne des procédures judiciaires et des conflits interminables.

Au regard de tout cela, trouver des moyens encadrés par l’Etat et qui ne soit pas trop formalistes deviennent urgentes. En tout état de cause, il faudra reconnaître que ces groupes favorisent l’interaction sociale, apportent un soutien financier et exposent les membres à des opportunités commerciales en raison de leur nature interdépendante.

Les avantages des systèmes d’épargne informels

La tontine est une institution financière ou de crédit basée sur la rotation avec différentes variations. C’est un mode de financement populaire dans tous les pays d’Afrique. L’allocation de la somme récoltée à un membre se fait par la désignation à l’avance, de commun accord, ou suite à un tirage au sort. Ce dernier peut se faire dès le début pour que tout le monde puisse se programmer ses dépenses en connaissant sa position. Cela peut également se faire sur place à chaque fois pour éviter que certains se découragent à cause de leur position ou dépensent tout leur argent en contractant des dettes tout azimut. Ainsi, la rotation se poursuit jusqu’à ce que tous les membres soient payés, ce qui marque la disparition de l’institution financière.

Si les membres le veulent, ils peuvent reprendre le système en ajoutant d’autres adhérents et en retirant les mauvais payeurs. Ils peuvent également augmenter ou diminuer le montant des sommes versées en fonction de la conjoncture.

Pour que ce système de financement marche, vous aurez besoin :

  • d’un leader digne de confiance,
  • des membres assidus,
  • d’un temps relativement long.

Malgré ces défis, les entrepreneurs d’Afrique réduisent leurs risques en appartenant à plusieurs groupes sociaux interdépendants. De ce fait, ces services d’épargne informels sont excellents, mais ils ne vont pas plus loin. Les sociétés de crédit peuvent être des structures plus solides.

Le rôle des sociétés de crédit

Les banques doivent jouer un rôle important dans la promotion de l’entreprenariat. Toutefois, il faudra que l’Afrique ait beaucoup plus de banques qui soient à son image. Dans beaucoup de pays, on trouve plus de banques étrangères que de banques nationales. Cela signifie que ces banques seront plus enclines à financer les sociétés étrangères que les entreprises locales. Cela est encore plus vrai lorsque ces sociétés étrangères arborent le sceau et la garantie de leur État. Ainsi il y a beaucoup d’efforts à faire à ce niveau, du point de vue structurel. Il faut non seulement un changement de paradigme économique orienté vers une vision endogène, rien à voir avec le repli sur soi-même ; mais il faut également que l’État accorde son sceau au secteur privé local. Une fois que les modes de financement sont adaptés aux réalités socioculturelles, l’entreprenariat en Afrique fera un bond, au bénéfice de tout le monde.

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